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4 éditions à explorer · futur, live et passé
Chiffres, siège et habitudes de la maison
Antaris Project n’a jamais été un simple festival psytrance allemand parmi d’autres. Pour une partie importante de la scène Goa et psytrance européenne, il est devenu une coordonnée affective, un lieu que l’on associait à l’été, aux tentes, aux longues nuits, aux basses hypnotiques, aux décorations fluorescentes, aux stands de nourriture, aux conversations interminables et à cette sensation très particulière d’entrer, pendant quelques jours, dans une communauté provisoire. Son histoire commence en 1993, lorsque Uwe Siebert revient de Goa avec l’idée de transposer en Allemagne l’esprit des open airs inspirés des fêtes d’Anjuna. À ce moment-là, la culture psytrance n’est pas encore l’immense réseau international de festivals, de labels, de voyageurs et de tribus qu’elle deviendra plus tard. Antaris arrive tôt, presque au moment où le langage est encore en train de s’inventer.
À partir de 2005, le festival trouve son décor le plus emblématique à l’Otto-Lilienthal-Flugplatz de Stölln, dans le Havelland, au Brandebourg. Ce lieu n’est pas un détail. Antaris ne se déroulait pas dans un site événementiel sans mémoire, mais sur un ancien terrain d’aviation lié à Otto Lilienthal, figure pionnière du vol humain. Le symbole était presque trop parfait pour ne pas devenir partie intégrante du récit : un endroit associé au désir de s’élever transformé, chaque été, en piste d’envol psychédélique. Pas un envol mécanique, mais un décollage collectif, fait de rythme, de lumière, de fatigue, de danse et de cette impression que le temps ordinaire s’éloigne peu à peu.
Vivre Antaris, c’était d’abord entrer physiquement dans un autre rythme. Arriver, planter sa tente, reconnaître le terrain, chercher ses amis, comprendre où se trouvent les floors, se promettre de suivre un programme qui changera forcément, puis laisser le festival imposer sa propre horloge. Le Mainfloor portait l’énergie directe du psytrance, du Goa, du progressive, du full-on et des sons psychédéliques les plus puissants. Autour, d’autres espaces proposaient des respirations ou des intensités différentes : zones chill, ambient, downtempo, floors plus sombres, marché, nourriture, vêtements, bijoux, workshops et Spiritual Circle. L’ensemble créait un écosystème, pas seulement une programmation. On y venait pour danser, mais aussi pour dormir trop peu, marcher beaucoup, manger à des heures étranges, regarder le jour revenir, parler avec des inconnus et repartir vers la piste quand le corps croyait avoir terminé.
La continuité a été l’une des grandes forces d’Antaris. Pendant plus de trois décennies, le festival a gardé une identité reconnaissable alors même que la psytrance se transformait, se mondialisait, se professionnalisait et se divisait en multiples sous-scènes. Sa programmation pouvait accueillir des figures historiques, des live acts internationaux, des sons progressifs, des approches plus sombres, du hi-tech, de l’ambient et des croisements avec la techno sans perdre son ancrage culturel. L’édition 2024, la dernière vérifiée, réunissait notamment 1200 Mics by Riktam, GMS, GMS & Dickster, Liquid Soul, Burn in Noise, Morten Granau, Earthling, DEKEL, Goa Jonas, Ash Roy, Fernanda Pistelli, Fabian Laute, Klangphonics et TiM TASTE, entre beaucoup d’autres. Ce n’était pas un festival de noms isolés, mais un rendez-vous pour celles et ceux qui comprennent l’histoire longue d’une scène.
Le message d’Antaris faisait aussi partie de son identité. Amitié, paix, liberté, opposition à la guerre : ces idées accompagnaient le festival sans être de simples slogans décoratifs. Vue de l’extérieur, la culture psytrance peut facilement paraître excessive, avec ses couleurs UV, ses mandalas, ses symboles cosmiques, ses installations lumineuses et ses corps qui dansent au milieu de la nuit. Mais derrière cette esthétique se trouve souvent une recherche de rencontre, de coexistence, de déplacement temporaire hors du quotidien. Antaris a porté cette dimension avec une constance rare, en mélangeant fête, rituel laïque, camping, art psychédélique et communauté internationale.
La dernière période a rendu ce récit plus délicat. Uwe Siebert, fondateur et âme du festival, est décédé en mars 2025. Cette année-là, l’équipe a annoncé qu’il n’y aurait pas d’édition, présentant cette pause comme un temps nécessaire pour le deuil, la réflexion et la réorientation. Pendant un moment, certaines sources ont évoqué un possible retour en 2026, parfois décrit comme un dernier gathering ou une clôture de chapitre. Mais les informations les plus récentes indiquent qu’il n’y aura pas non plus d’Antaris en 2026. La presse locale allemande a parlé d’une fin d’époque à Stölln, et les canaux sociaux du festival ont communiqué l’absence d’édition 2026.
Antaris Project doit donc être compris aujourd’hui comme un festival historique, au futur incertain, et non comme un événement actif confirmé. Son importance, elle, reste entière. Antaris a aidé à installer l’imaginaire Goa open-air en Allemagne, à lui donner un lieu, une durée, un public et une mémoire. Si le festival ne revient pas, il restera comme l’un des grands lieux symboliques de la psytrance européenne. S’il revient un jour, il ne reviendra pas comme une simple affiche musicale, mais avec tout ce poids : l’héritage de Uwe, les nuits du Gollenberg, le deuil, la tribu, et cette idée fondatrice que danser ensemble pouvait encore signifier quelque chose.
Chronologie
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