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#202
FOLK - POP - ROCK
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2 éditions à explorer · futur, live et passé
Chiffres, siège et habitudes de la maison
À La Rochelle, l’idée n’est pas née dans un bureau de festival. Elle est née, raconte Jean-Louis Foulquier, en traversant la nuit l’esplanade Saint-Jean d'Acre, entre le port et les tours. Trois amours : la ville, la chanson, la fête. Il a voulu une fête de la chanson francophone dans sa ville natale et a demandé, à moitié pour rire, si ce n’était pas fou. Qui cherche le Printemps de Bourges se trompe de côte. Ici la scène regarde l’Atlantique, pas le Berry. Le sel et le quai ne sont pas un décor : c’est le contrat.
Foulquier est revenu du Québec séduit par les Francofêtes et par la manière dont les francophones du Canada célébraient leur langue en été. Il a parlé avec Daniel Colling, celui de Bourges, et avec des amis de scène — les chroniques citent des soirées avec Higelin et Lavilliers — avant de demander l’appui de Michel Crépeau, maire d’alors. En juillet 1985, la première édition a ouvert. Les images d’archives retiennent les répétitions de Rita Mitsouko et Diane Dufresne dans ce démarrage. Ce n’était pas un clone de Bourges collé au port. C’était La Rochelle qui décidait que la chanson pouvait occuper le quai.
La grande scène porte aujourd’hui le nom de Jean-Louis Foulquier. Jusqu’en 2015, elle s’appelait Saint-Jean-d'Acre : le parking au pied du rempart qui relie la Tour de la Lanterne et la Tour de la Chaîne. Cette géographie compte. On entre dans un festival qu’on entend avec le port d’un côté et la pierre militaire de l’autre. Il y a plus d’une scène — les chroniques en parlent plusieurs — et le public circule entre le grand plateau et des salles ou chapiteaux de la ville. L’oreille est pop, rock et folk de chanson francophone, cosmopolite exprès : confirmés et jeunes pousses sur le même calendrier.
Gérard Pont, venu d’Elixir et de Morgane Production, a pris la suite de Foulquier au milieu des années deux mille. Le changement de main n’a pas déménagé le port. Les Francofolies sont restées de juillet et de La Rochelle, avec un Chantier dédié aux tendances nouvelles de la scène française et un volet éducatif qui travaille avec enseignants et élèves. Ce n’est pas une phrase de brochure. C’est la thèse de Foulquier devenue structure : la chanson ne se consomme pas seulement la nuit sur le quai ; elle se plante aussi dans des salles de classe et sur de petites scènes.
L’expérience du public suit le format réel. On arrive en train dans une ville fortifiée, on marche vers le port, on cherche l’esplanade. Le jour, la ville reste une ville : terrasses, Vieux-Port, vent. À la tombée, la grande scène mange l’horizon entre les tours. Qui vient de loin ne trouve pas un camping de champ ; il trouve des hôtels, des appartements et parfois le choix de dormir plus loin et de revenir. Le temps peut être celui d’un juillet atlantique : soleil de quai ou averse qui demande le coupe-vent. Le chevauchement des scènes oblige à choisir. La mer ne s’éteint pas quand la tête d’affiche descend.
Les chiffres de fréquentation, quand les chroniques les citent, ne doivent pas devenir un trophée. Ils mesurent qu’un rêve d’homme de radio sur un parking de port a atteint une échelle nationale sans cesser de s’appeler La Rochelle. Le public mélange les générations : ceux qui ont grandi avec la chanson des années quatre-vingt et ceux qui viennent pour un nom d’aujourd’hui. La ville prête restaurants et venelles ; le festival prête le volume. Cette coexistence — quai touristique le jour, enclos de chanson la nuit — est l’étrangeté. Elle ne s’improvise pas dans une ville sans port.
Ce n’est pas le Printemps de Bourges. Bourges est à l’intérieur des terres et est née avec une autre géographie. Foulquier a parlé avec Colling ; il n’a pas copié la carte. Les Francofolies de La Rochelle se comprennent par l’esplanade, par le Québec comme source d’étincelle et par une ville qui a accepté que son parking de rempart sonne pop et rock de langue française. Qui confond les deux rendez-vous mélange un festival d’intérieur avec un festival qui entend les marées.
Qui marche de la Tour de la Chaîne à la Lanterne entend comment le volume de la grande scène pousse contre la pierre et contre l’eau. Cette friction — ville d’été et enclos de chanson — ne se feint pas. Les Francofolies de La Rochelle se lisent mieux comme une traversée de nuit qui a refusé de rester une anecdote. Entre l’esplanade Saint-Jean d'Acre et la scène qui porte le nom de Foulquier, entre Rita Mitsouko en 1985 et le Chantier des voix nouvelles, entre Crépeau et Pont, la chanson francophone a un port qui n’a pas demandé permission à Paris. La Rochelle prête les tours et le vent. Foulquier a prêté la phrase des trois amours. Il reste un juillet qui sonne chanson avec le sel de l’air.
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