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#907
HOUSE - TECHNO
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2023Kolorz Festival 2023
Chiffres, siège et habitudes de la maison
À Carpentras, la cour de l’Hôtel-Dieu n’est pas un enclos de rave anonyme. C’est la cour d’un hôpital historique : pierre, chaleur du Vaucluse, une petite ville que Pascal Maurin a voulu mettre sur la carte du house et de la techno. Kolorz Festival est né en 2010 de cet entêtement provençal. Qui arrive en cherchant le Kolorádó hongrois — forêt, accent, parc scout — se trompe de lettrage. Ici le nom va sans accent, l’organisateur est Maurin et l’agence s’appelle Effervescence.
Le format a deux sols et deux saisons. En été, la rencontre sort dans la cour de l’Hôtel-Dieu : ciel, pierre chaude, une piste à échelle humaine. En hiver, elle rentre à l’Espace Auzon, salle couverte, autre acoustique, autre manteau. Ce n’est pas un extra de calendrier. C’est la thèse : la même ville, la même oreille, deux corps. Qui ne connaît que la cour de juin n’a pas entendu le Kolorz de mars. Qui ne connaît que Auzon n’a pas transpiré la pierre d’août.
Maurin signe l’origine et parfois l’affiche : les chroniques le retiennent aussi comme Peck, DJ de son propre plateau. Effervescence n’apparaît pas comme une marque de soda sur la toile. Elle apparaît comme le bureau qui a transformé une envie de ville — faire quelque chose pour la renommée de Carpentras — en un festival de house et de techno. En 2020, à dix ans, Le Dauphiné l’a raconté ainsi : des artistes qui traitent la ville comme une étape européenne, pas comme un village de remplissage. Le chiffre dix ancre une décennie ; il n’ouvre pas un chapitre de « ce qui suit ».
L’oreille est house et techno, avec une aile disco quand l’affiche le demande. Des noms comme Cerrone, Folamour ou Octave One servent à entendre l’éventail — héritage, house contemporaine, groove de Détroit — pas à transformer le texte en liste. Maurin a dit qu’il aime mêler des figures historiques à des DJ plus jeunes et à des talents locaux. Le public de Kolorz n’achète pas un entrepôt berlinois exporté au sud. Il décide de se déplacer vers une cour de Carpentras qui se déclare électro sans cesser d’être provençale.
L’expérience s’infère du format réel. En été on arrive au centre, on traverse une cour, on transpire. Il y a le mistral ou une chaleur qui colle à la pierre. On boit, on danse, on cherche l’ombre sous un arc. Pas de camping de forêt : un hôtel, une voiture, un train, ou la ville elle-même. En hiver on entre à Auzon, on laisse le manteau, on tient jusqu’au bout de la nuit dans une salle qui ne prétend pas être une clairière. Les deux soirées demandent un public debout. L’after n’est pas un quartier de clubs à deux rues : c’est Carpentras, qui le jour redevient marché et, quelques fois dans l’année, piste.
Il ne faut pas mêler cette cour au Kolorádó. Là-bas l’accent marque la Hongrie, Csete et Vera, un cserkészpark, de l’électronique et de l’indie dans la boue. Ici Kolorz, c’est Maurin, Effervescence, Hôtel-Dieu et Auzon, house et techno du Vaucluse. Les mêler, c’est mêler un camp scout à un hôpital de pierre. On ne mêle pas non plus Kolorz à une techno de plage générique de la Côte : Carpentras n’est pas une marque de toile au bord de mer. C’est une ville de l’intérieur qui a parié sur les DJ.
L’échelle se raconte avec prudence. Les chroniques parlent de milliers, pas d’une masse d’île. Le plafond, c’est la cour et la salle : on peut remplir sans faire semblant d’être un open-air de côte. Cette mesure fait partie du caractère. Qui vient d’Avignon ou de plus loin ne trouve pas un enclos périurbain de barrières infinies. Il trouve un centre et un nom qui tient dans un week-end. Une décennie de croissance n’efface pas l’origine : une envie de ville, pas un plan de franchise.
Le jour, Carpentras reste un marché, une rue étroite, une ville qui ne prétend pas être Berlin. Cette contradiction est le caractère : on mange, on traverse la place, et à une certaine heure la cour ou Auzon demandent un autre corps. Qui vient de plus loin comprend vite que le festival n’absorbe pas la ville. La ville absorbe le festival quelques nuits, puis reprend le silence. Inutile d’inventer un after de côte. Le contraste suffit : l’Hôtel-Dieu à dix-neuf heures, et la même cour quand le volume ne demande plus la permission.
Qui sort de l’Hôtel-Dieu avec la pierre encore chaude comprend pourquoi Maurin n’est pas parti vers une côte. Entre la cour et Auzon, entre Peck et Effervescence, entre le house et la techno, Carpentras a eu un festival qui n’a pas emprunté son lettrage à la Hongrie. Kolorz — sans accent — ancre la thèse : on danse dans un hôpital d’été et dans une salle d’hiver, dans la même ville. Il reste une rencontre provençale qui a appris à être européenne sans cesser d’être du Vaucluse.
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