Classement
#580
HOUSE - RAP - TECHNO
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2 éditions à explorer · futur, live et passé
Chiffres, siège et habitudes de la maison
Marseille n’avait guère besoin qu’on lui explique ce qu’était le rap lorsque Marsatac apparaît en 1999. La ville avait déjà produit l’une des scènes hip hop les plus importantes de France ; il lui manquait surtout un festival capable de rassembler cette énergie sous sa propre bannière. La première édition, à l’Espace Julien, réunit Fonky Family, Psy 4 de la Rime, Troisième Œil, Faf Larage et d’autres acteurs de la scène marseillaise. Un triplex entre New York et Paris est même tenté à une époque où internet avançait encore au rythme du modem. Marsatac naît ainsi moins comme un modèle importé que comme le prolongement naturel d’une ville qui possède déjà son langage musical.
L’idée remontait pourtant à 1994. Béatrice Desgranges, Dro et Laurence avaient imaginé à Londres un grand festival pour Marseille, avec Glastonbury quelque part dans leurs rêves. Cinq ans seront nécessaires pour transformer le projet en réalité. Dès la deuxième édition, en 2000 au Dock des Suds, une caractéristique essentielle apparaît : une salle entière est dédiée à l’électronique. Marsatac comprend très tôt qu’aimer le hip hop marseillais ne signifie pas devoir s’y enfermer. La fidélité aux racines et la curiosité musicale deviennent deux principes complémentaires.
Les déménagements finiront presque par constituer une tradition. Espace Julien, Dock des Suds, l’esplanade du J4 face à la mer, La Friche Belle de Mai, Parc Chanot ou la plage du Petit Roucas racontent autant de périodes différentes. Marsatac a utilisé Marseille comme une immense carte d’expérimentation, changeant régulièrement la relation entre musique et ville. Certains déplacements ont été complexes, mais cette instabilité est devenue une force narrative : chaque nouveau lieu obligeait le festival à repenser la circulation, les scènes, le décor et la façon dont le public percevait Marseille.
La programmation a suivi la même logique. Le rap est resté fondamental tandis que techno, house, electro, bass et rave gagnaient progressivement une place équivalente. De La Soul, Soulwax, Nicolas Jaar, Paul Kalkbrenner, Nina Kraviz, IAM, Nekfeu, Orelsan, SCH, Charlotte de Witte, The Blaze, Little Simz ou Princess Nokia ont marqué différentes périodes. En 2018, IAM célébrait à domicile les vingt ans de “L’École du micro d’argent” tandis que Paul Kalkbrenner, Bicep, Amelie Lens, Nekfeu, Roméo Elvis et Jennifer Cardini incarnaient d’autres générations et d’autres scènes. Rap et électronique étaient désormais les deux langues principales d’un même festival.
En 2019 apparaît La Frappe, projet conçu pour renouer avec l’énergie des open mics des débuts et offrir un espace aux jeunes rappeurs, rappeuses, DJs, beatmakers et danseurs de Marseille. Cette capacité à regarder constamment vers la génération suivante explique une grande partie de la longévité de Marsatac. Association Orane, qui produit le festival, développe également Marsatac School, des programmes d’accompagnement d’artistes et des politiques sociales et environnementales. La manifestation est devenue le sommet visible d’une activité qui se poursuit le reste de l’année.
L’année 2020 provoque une rupture historique. Pour la première fois depuis 1999, Marsatac n’ouvre pas ses portes. La pandémie annule l’édition prévue à Parc Chanot. Le retour intervient en août 2021 avec une édition Capsule au Parc Borély : 13 000 personnes et 27 artistes dans un format adapté aux restrictions sanitaires. Ce qui ressemblait à une solution exceptionnelle va finalement définir l’avenir. En 2022, 40 000 personnes se retrouvent à Borély ; en 2023, elles sont plus de 43 000. Le parc cesse d’être un refuge temporaire pour devenir la nouvelle maison.
Cette période correspond également à une nouvelle génération musicale. Marsatac se rapproche encore davantage du rap français contemporain, de la trap et des électroniques les plus nerveuses. Aya Nakamura, Gazo, Hamza, Tiakola, PLK, Central Cee, Damso, Amelie Lens, Laurent Garnier ou Sara Landry illustrent différentes facettes de cette évolution. En 2026, Niska, Meryl, La Mano 1.9 et menace Santana dominent le vendredi ; Théodora, disiz et ElGrandeToto structurent le samedi. Le dimanche devient une fête populaire avec DJ Sebb, Feu Foulek, Marsatac School, associations et activités participatives.
Ce dimanche dit beaucoup de ce qu’est devenu le projet. Le Off de Marsatac diffuse désormais des rendez-vous dans différents lieux de Marseille avant et après le festival. Marsatac School travaille avec des adolescents. La Récréation Solidaire ouvre un espace aux associations engagées dans des questions environnementales et sociales. L’événement principal reste concentré sur quelques journées de juin, mais Marsatac est devenu un projet annuel capable de circuler dans la ville même lorsque les grandes scènes de Borély sont démontées.
En septembre 2026, aucune édition 2027 n’est encore officiellement annoncée. Le festival reste néanmoins pleinement actif. Une précision historique mérite aussi d’être conservée : Marsatac a numéroté 2020 comme sa 22e édition alors que sa propre rétrospective précise qu’aucune manifestation n’a eu lieu cette année-là. En ne comptant que les festivals réellement célébrés, 2026 correspond donc à la 27e édition effective. Ce petit désordre comptable convient finalement assez bien à Marsatac. Depuis 1999, lieux, artistes, formats et générations ont changé sans cesse. Une seule chose n’a jamais quitté le programme : Marseille elle-même.
Genres
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RAP
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